Italie
CARNAVAL DE VENISE
Les masques du Carnaval de Venise sont l’expression de la fête, du luxe, du baroque, de l’élégance, du paraitre en tout anonymat. Si les masques contemporains sont d'une facture récente (1979), leurs origines viennent d’histoires politiques et de traditions païennes remontant à plus de mille ans.
La MORETTA était portée par les femmes de la noblesse à Venise au XVIIIᵉ siècle. La blancheur du teint était signe de noblesse en opposition au teint rougit des travailleurs.
La Moretta était en velours noir et possédait, à l'intérieur, au niveau de la bouche, un bouton que les femmes serraient entre les dents, ce qui les obligeait à rester silencieuse. Ceci rajoutait au mystère de la porteuse dont on ne voyait que le regard.
La BAUTA est le pendant masculin de La Moretta. Par contre, il se porte avec un élastique ou coincé dans un chapeau tricorne et permet au porteur de parler et donc de proférer quelques bêtises. Il peut aussi manger et boire. Comme le masque recouvre tout le visage, l'anonymat est garanti et permettait tous les excès durant les carnavals.
Quand elle porte un chapeau bicorne, la Bauta devient CASANOVA, en référence à Giacomo Casanova qui était connu pour le porter lors de ses aventures.
Le MATTACINO est un des personnages les plus anciens du Carnaval de Venise et il a aussi fortement contribué à sa renaissance au XXe siècle.
La première loi sur les masques date de 1268. Elle interdit “LE JEU DES OEUFS”. Des jeunes hommes (habillés légèrement pour pouvoir se déplacer rapidement et masqués pour ne pas être reconnus) s’amusaient à lancer des oeufs remplis d’eau de rose sur les nobles dames. Et parfois, ça n’était pas de l’eau de rose !
Dès 1970, peu avant la renaissance officielle du Carnaval, des étudiants ont réanimé cette tradition au cœur des universités et des ruelles vénitiennes. Cette initiative a sans nul doute été porté par le souffle de liberté et l'esprit ludique caractéristiques de l'après-Mai 68.
Le masque traditionnel de La GNAGA représente une femme au nez de cochon.
Il est porté par les hommes qui aiment se travestir et poursuivre les femmes en imitant le cri du chat, le “gnau”.
Le masque VOLTO qui signifie littéralement VISAGE en Italien, se distingue par sa simplicité. Il s’agit d’un masque d’un blanc pur, sans expression, le plus souvent androgine. Sous un Volto, un noble et un roturier étaient identiques. Il est réintroduit en 1980 et, lui aussi, se pare de dorures, arabesques et autres peintures.
Dans les rues sombres de Venise, éclairées seulement par la lune ou quelques lanternes, les personnes portant ce masque blanc avec une cape noire ressemblent à des apparitions fantomatiques.
Venise est une ville d’eau, aux rues étroites.
Des ruelles, des cours et des petites places obligent un contact presque physique entre les habitants.
De plus, le pouvoir est concentré entre les mains du Grand Conseil et du redoutable Conseil des Dix. L'espionnage d'État est omniprésent pour étouffer toute velléité de changement.
Une promiscuité qui interdit toute vie privée et le besoin d’anonymat expliquent peut être le recours au masque pour se cacher.
LES PRÉMICES - Au XIème siècle des édits et d’autres écrit font référence à « des jeux publics », « des divertissements populaires », « des célébrations de victoires militaires » précédent la période de Carême. On parle de gens festoyant et dansant sur la Place Saint-Marc.
LE DÉVELOPPEMENT - Et c’est au XIIIème siècle qu’est instauré officiellement un jour férié la veille du Carême. C’est alors que le rôle du masque va se répandre. Le Carnaval devient une soupape de sécurité, un défouloir ou les comportements interdits telles que la critique du pouvoir, le libertinage, les jeux d’argent, sont tolérés et permettent d’apaiser les tensions.
l'ÂGE D'OR - Au XVIIIème siècle, Venise devient la capitale de plaisir. Les festivités peuvent durer plus de six mois par ans et voient défiler le monde entier. C’est l’apogée du Carnaval.
LE DÉCLIN - Mais à la fin du siècle l’insatiable Napoléon conquiert la ville et interdit le Carnaval et le port du masque. Il craignait que l’anonymat et l’impunité ne favorise les complots contre son autorité. La tradition s’éteint pendant près de deux siècles.
LA RENAISSANCE - En 1979, le gouvernement Italien et des associations vénitiennes veulent redynamiser le tourisme et la culture locale. Ils réinventent alors le Carnaval de Venise en faisant évoluer le déchu chaos populaire médiéval vers une fête plus gracieuse et sophistiquée. Les masques suivent la même logique, ils s’inspirent du théâtre, de l’histoire, de la littérature et se teintent d’or, d’argent, de strass et de paillettes.
LA RECONNAISSANCE ? – Bien que la renommée mondiale du Carnaval de Venise confirme la réussite du projet, au point que la ville est aujourd’hui menacée par le tourisme de masse, il n’est pas inscrit au Patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Les experts l’estiment trop jeune et sans racines traditionnelles suffisantes.
2 Volto, 1 Polichinelle et 1 Bouffon créés par Agostino Dessi ou ses ateliers.
Au XXe siècle, les masques du Carnaval de Venise s'émancipent de leur fonction festive : ils ne sont plus seulement destinés aux Carnavaliers, mais deviennent des souvenirs de voyage, des pièces de collection et des objets de décoration raffinés. Les touristes du monde entier adoptent les masques de Venise.
Les masques sortent de la rue et entrent dans le confort des salons.
Ils peuvent maintenant être vus de près et indépendamment du costume. Ils sont peints de motifs et de couleurs éclatantes. Ils s’ornent de dorures, arabesques, strass et tissus précieux. De nouveaux modèles sont proposés inspirés de l’histoire, de la littérature, de la musique, de l’architecture et des arts.
JESTER (Joker, Bouffon, Fou, Minstrel...) , Jolly dans sa variante féminine, est un type spécifique de clown principalement associé au Moyen Âge, le Bouffon du Roi.
On dit que les origines du Jester remontent aux sociétés tribales préhistorique d’Europe mais le masque dâte de la réintroduction en 1980.
Jester est le double symbolique du roi. Ils porte généralement des vêtements aux couleurs vives et à motifs variés. Son chapeau est particulièrement distinctif, avec de trois à une quinzaine de pointes, surmontées d'une clochette, qui peuvent aussi lui faire une collerette.
Ce masque puise ses racines dans l'iconographie ancienne de la "Trinité", souvent représentée avec plusieurs visages regardant dans différentes directions (le passé, le présent et le futur).
Les trois visages affichent des émotions différentes illustrant la complexité de l’âme humaine. Ce masque ambigu permet de donner l'illusion d'être partout à la fois.
la vie est un cycle perpétuel entre les larmes et le rire.
TRE FACCE propose aussi une référence à la Grèce antique ; la tragédie qui pleure et la comédie qui rit.
Le masque représente un chat (GATTO en italien), un animal d’une rareté précieuse à Venise. En raison de la configuration de la ville (les chats n’aiment pas l’eau) et des épidémies de peste, les chats étaient vénérés pour leur rôle de prédateurs de rats.
Le chat symbolise : l'indépendance car il n'obéit à personne, la ruse indispensable pour se faufiler dans les ruelles de Venise, et l'ambiguïté, un entre-deux entre l'animal et l'humain, l'homme et la femme.
Le masque blanc de PIERROT qui laisse couler une larme noire était à l’origine un zanni de la Commedia dell’arte. Il s’appelait PEDROLINO, était honnête, gentil, mais un peu simplet et souvent la victime des farces des autres zannis.
Le Carnaval contemporain l’a réhabilité en lui donnant une dimension romantique et en l’associant à la lune : Pierrot Lunaire.
Le masque du DIABLE est un grand classique de tous les Carnavals. Dans la tradition vénitienne il ne représente pas seulement le mal, mais aussi la force vitale, la transgression, la malice et le chaos festif.
En 1979, les figures emblématiques de la Commedia dell’arte sont réintroduites. ARLEQUIN est le plus représenté. Loin de leur modestie d'origine, les personnages sont décorés de couleurs éclatantes et de matériaux luxueux : l'objectif n'est plus de se dissimuler, mais de briller et de s'affirmer avec distinction.
Le losange coloré est devenu un motif graphique incontournable des masques vénitiens contemporains. Ce décor rend hommage au costume rapiécé d'Arlequin. Par extension, un loup orné de ces formes géométriques est lui-même baptisé ARLEQUIN
Le GUFO (hibou), un animal nocturne, trouve naturellement sa place dans le mystère des soirées du Carnaval qui se prolongent jusqu’à l’aube.
Par son aspect graphique et mystérieux, le masque de MÉDECIN DE LA PESTE conçu par les artisans masquiers du XXe siècle, est devenu un best-seller immédiat pour les touristes et les photographes du Carnaval de Venise. Il s’inspire du masque de protection utilisé par les médecins au XVIIe siècle.
Les médecins les moins expérimentés se retrouvaient alors souvent à devoir soigner la peste bubonique qui sévissait dans toute l’Europe et, en particulier, dans une ville portuaire comme Venise où tous les marchands et voyageurs du monde se croisaient. Les naïfs médecins visitaient les malades en enfilant une tenue qui recouvrait entièrement leur corps et portaient un masque au long nez recourbé. Ils bourraient le nez de plantes aromatiques (menthe, mélisse, clous de girofle, camphre, myrrhe...) et de thériaque, une préparation à base de plus de 50 ingrédients dont de l’opium et de la chair de vipère. Ils pensaient ainsi filtrer l’air et se protéger des mauvaises odeurs que l’on jugeait responsables de la maladie.






















